Vingt Mille Lieues sous les Mers

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Vingt Mille Lieues sous les Mers (jazyk: Francouzština)

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E-kniha Jules Verne: Vingt Mille Lieues sous les Mers

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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XXIII

ĆGRI SOMNIA

Le jour suivant, 10 janvier, le Nautilus reprit sa marche entre deux eaux, mais avec une vitesse remarquable que je ne puis estimer ŕ moins de trente-cinq milles ŕ l’heure. La rapidité de son hélice était telle que je ne pouvais ni suivre ses tours ni les compter.

Quand je songeais que ce merveilleux agent électrique, aprčs avoir donné le mouvement, la chaleur, la lumičre au Nautilus, le protégeait encore contre les attaques extérieures, et le transformait en une arche sainte ŕ laquelle nul profanateur ne touchait sans ętre foudroyé, mon admiration n’avait plus de bornes, et de l’appareil, elle remontait aussitôt ŕ l’ingénieur qui l’avait créé.

Nous marchions directement vers l’ouest, et, le 11 janvier, nous doublâmes ce cap Wessel, situé par 135° de longitude et l0° de latitude nord, qui forme la pointe est du golfe de Carpentarie. Les récifs étaient encore nombreux, mais plus clairsemés, et relevés sur la carte avec une extręme précision. Le Nautilus évita facilement les brisants de Money ŕ bâbord, et les récifs Victoria ŕ tribord, placés par 1300 de longitude, et sur ce dixičme parallčle que nous suivions rigoureusement.

Le 13 janvier, le capitaine Nemo. arrivé dans la mer de Timor, avait connaissance de l’île de ce nom par 1220 de longitude. Cette île dont la superficie est de seize cent vingt-cinq lieues carrées est gouvernée par des radjahs. Ces princes se disent fils de crocodiles, c’est-ŕ-dire issus de la plus haute origine ŕ laquelle un ętre humain puisse prétendre. Aussi, ces ancętres écailleux foisonnent dans les rivičres de l’île, et sont l’objet d’une vénération particuličre. On les protčge, on les gâte, on les adule, on les nourrit, on leur offre des jeunes filles en pâture, et malheur ŕ l’étranger qui porte la main sur ces lézards sacrés.

Mais le Nautilus n’eut rien ŕ démęler avec ces vilains animaux. Timor ne fut visible qu’un instant, ŕ midi, pendant que le second relevait sa position. Également, je ne fis qu’entrevoir cette petite île Rotti, qui fait partie du groupe, et dont les femmes ont une réputation de beauté trčs établie sur les marchés malais.

A partir de ce point, la direction du Nautilus, en latitude, s’infléchit vers le sud-ouest. Le cap fut mis sur l’océan Indien. Oů la fantaisie du capitaine Nemo allait-elle nous entraîner ? Remontrait-il vers les côtes de l’Asie ? Se rapprocherait-il des rivages de l’Europe ? Résolutions peu probables de la part d’un homme qui fuyait les continents habités ? Descendrait-il donc vers le sud ? Irait-il doubler le cap de Bonne-Espérance, puis le cap Horn, et pousser au pôle antarctique ? Reviendrait-il enfin vers ses mers du Pacifique, oů son Nautilus trouvait une navigation facile et indépendante ? L’avenir devait nous l’apprendre.

Aprčs avoir prolongé les écueils de Cartier, d’Hibernia, de Seringapatam, de Scott, derniers efforts de l’élément solide contre l’élément liquide, le 14 janvier, nous étions au-delŕ de toutes terres. La vitesse du Nautilus fut singuličrement ralentie, et, trčs capricieux dans ses allures, tantôt il nageait au milieu des eaux, et tantôt il flottait ŕ leur surface.

Pendant cette période du voyage, le capitaine Nemo fit d’intéressantes expériences sur les diverses températures de la mer ŕ des couches différentes. Dans les conditions ordinaires, ces relevés s’obtiennent au moyen d’instruments assez compliqués. dont les rapports sont au moins douteux, que ce soient des sondes thermométriques, dont les verres se brisent souvent sous la pression des eaux, ou des appareils basés sur la variation de résistance de métaux aux courants électriques. Ces résultats ainsi obtenus ne peuvent ętre suffisamment contrôlés. Au contraire, le capitaine Nemo allait lui-męme chercher cette température dans les profondeurs de la mer, et son thermomčtre, mis en communication avec les diverses nappes liquides, lui donnait immédiatement et sűrement le degré recherché.

C’est ainsi que, soit en surchargeant ses réservoirs, soit en descendant obliquement au moyen de ses plans inclinés, le Nautilus atteignit successivement des profondeurs de trois, quatre, cinq, sept, neuf et dix mille mčtres, et le résultat définitif de ces expériences fut que la mer présentait une température permanente de quatre degrés et demi, ŕ une profondeur de mille mčtres, sous toutes les latitudes.

Je suivais ces expériences avec le plus vif intéręt. Le capitaine Nemo y apportait une véritable passion. Souvent, je me demandai dans quel but il faisait ces observations. Était-ce au profit de ces semblables ? Ce n’était pas probable, car, un jour ou l’autre, ses travaux devaient périr avec lui dans quelque mer ignorée ! A moins qu’il ne me destinât le résultat de ses expériences. Mais c’était admettre que mon étrange voyage aurait un terme, et ce terme, je ne l’apercevais pas encore.

Quoi qu’il en soit, le capitaine Nemo me fit également connaître divers chiffres obtenus par lui et qui établissaient le rapport des densités de l’eau dans les principales mers du globe. De cette communication, je tirai un enseignement personnel qui n’avait rien de scientifique.

C’était pendant la matinée du 15 janvier. Le capitaine, avec lequel je me promenais sur la plate-forme, me demanda si je connaissais les différentes densités que présentent les eaux de la mer. Je lui répondis négativement, et j’ajoutai que la science manquait d’observations rigoureuses ŕ ce sujet.

« Je les ai faites, ces observations, me dit-il, et je puis en affirmer la certitude.

— Bien, répondis-je, mais le Nautilus est un monde ŕ part, et les secrets de ses savants n’arrivent pas jusqu’ŕ la terre.

— Vous avez raison, monsieur le professeur, me dit-il, aprčs quelques instants de silence. C’est un monde ŕ part. Il est aussi étranger ŕ la terre que les plančtes qui accompagnent ce globe autour du soleil, et l’on ne connaîtra jamais les travaux des savants de Saturne ou de Jupiter. Cependant, puisque le hasard a lié nos deux existences, je puis vous communiquer …