Autour de la Lune

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Autour de la Lune (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne08 Kategorie:

Popis

E-kniha Jules Verne: Autour de la Lune

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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VI

Demandes et réponses

Le 4 décembre, les chronomčtres marquaient cinq heures du matin terrestre, quand les voyageurs se réveillčrent, aprčs cinquante-quatre heures de voyage. Comme temps, ils n’avaient dépassé que de cinq heures quarante minutes, la moitié de la durée assignée ŕ leur séjour dans le projectile; mais comme trajet, ils avaient déjŕ accompli prčs des sept dixičmes de la traversée. Cette particularité était due ŕ la décroissance réguličre de leur vitesse.

Lorsqu’ils observčrent la Terre par la vitre inférieure, elle ne leur apparut plus que comme une tache sombre, noyée dans les rayons solaires. Plus de croissant, plus de lumičre cendrée. Le lendemain, ŕ minuit, la Terre devait ętre nouvelle, au moment précis oů la Lune serait pleine. Au-dessus, l’astre des nuits se rapprochait de plus en plus de la ligne suivie par le projectile, de maničre ŕ se rencontrer avec lui ŕ l’heure indiquée. Tout autour, la voűte noire était constellée de points brillants qui semblaient se déplacer avec lenteur. Mais ŕ la distance considérable oů ils se trouvaient, leur grosseur relative ne paraissait pas s’ętre modifiée. Le Soleil et les étoiles apparaissaient exactement tels qu’on les voit de la Terre. Quant ŕ la Lune, elle avait considérablement grossi; mais les lunettes des voyageurs, peu puissantes en somme, ne permettaient pas encore de faire d’utiles observations ŕ sa surface, et d’en reconnaître les dispositions topographiques ou géologiques.

Aussi, le temps s’écoulait-il en conversations interminables. On causait de la Lune surtout. Chacun apportait son contingent de connaissances particuličres. Barbicane et Nicholl, toujours sérieux, Michel Ardan, toujours fantaisiste. Le projectile, sa situation, sa direction, les incidents qui pouvaient survenir, les précautions que nécessiterait sa chute sur la Lune, c’était lŕ matičre inépuisable ŕ conjectures.

Précisément, en déjeunant, une demande de Michel, relative au projectile, provoqua une assez curieuse réponse de Barbicane et digne d’ętre rapportée.

Michel, supposant le boulet brusquement arręté, lorsqu’il était encore animé de sa formidable vitesse initiale, voulut savoir quelles auraient été les conséquences de cet arręt.

«Mais, répondit Barbicane, je ne vois pas comment le projectile aurait pu ętre arręté.

—Supposons-le, répondit Michel.

—Supposition irréalisable, répliqua le pratique Barbicane. A moins que la force d’impulsion ne lui eűt fait défaut. Mais alors, sa vitesse aurait décru peu ŕ peu, et il ne se fűt pas brusquement arręté.

—Admets qu’il ait heurté un corps dans l’espace.

—Lequel?

—Ce bolide énorme que nous avons rencontré.

—Alors, dit Nicholl, le projectile eűt été brisé en mille pičces, et nous avec.

—Mieux que cela, répondit Barbicane, nous aurions été brűlés vifs.

—Brűlés! s’écria Michel. Pardieu! je regrette que le cas ne se soit pas présenté «pour voir».

—Et tu aurais vu, répondit Barbicane. On sait maintenant que la chaleur n’est qu’une modification du mouvement. Quand on fait chauffer de l’eau, c’est-ŕ-dire quand on lui ajoute de la chaleur, cela veut dire que l’on donne du mouvement ŕ ses molécules.

—Tiens! fit Michel, voilŕ une théorie ingénieuse!

—Et juste, mon digne ami, car elle explique tous les phénomčnes du calorique. La chaleur n’est qu’un mouvement moléculaire, une simple oscillation des particules d’un corps. Lorsqu’on serre le frein d’un train, le train s’arręte. Mais que devient le mouvement dont il était animé? Il se transforme en chaleur, et le frein s’échauffe. Pourquoi graisse-t-on l’essieu des roues? Pour l’empęcher de s’échauffer, attendu que cette chaleur, ce serait du mouvement perdu par transformation. Comprends-tu?

—Si je comprends! répondit Michel, admirablement. Ainsi, par exemple, quand j’ai couru longtemps, que je suis en nage, que je sue ŕ grosses gouttes, pourquoi suis-je forcé de m’arręter? Tout simplement, parce que mon mouvement s’est transformé en chaleur!»

Barbicane ne put s’empęcher de sourire ŕ cette repartie de Michel. Puis, reprenant sa théorie:

«Ainsi donc, dit-il, dans le cas d’un choc, il en eűt été de notre projectile comme de la balle qui tombe brűlante aprčs avoir frappé la plaque de métal. C’est son mouvement qui s’est changé en chaleur. En conséquence, j’affirme que si notre boulet avait heurté le bolide, sa vitesse, brusquement anéantie, eűt déterminé une chaleur capable de le volatiliser instantanément.

—Alors, demanda Nicholl, qu’arriverait-il donc si la Terre s’arrętait subitement dans son mouvement de translation?

—Sa température serait portée ŕ un tel point, répondit Barbicane, qu’elle serait immédiatement réduite en vapeurs.

—Bon, fit Michel, voilŕ un moyen de finir le monde qui simplifierait bien les choses.

—Et si la Terre tombait sur le Soleil? dit Nicholl.

—D’aprčs les calculs, répondit Barbicane, cette chute développerait une chaleur égale ŕ la chaleur produite par seize cents globes de charbon égaux en volume au globe terrestre.

—Bon surcroît de température pour le Soleil, répliqua Michel Ardan, et dont les habitants d’Uranus ou de Neptune ne se plaindraient sans doute pas, car ils doivent mourir de froid sur leur plančte.

—Ainsi donc, mes amis, reprit Barbicane, tout mouvement brusquement arręté produit de la chaleur. Et cette théorie a permis d’admettre que la chaleur du disque solaire est alimentée par une gręle de bolides qui tombe incessamment ŕ sa surface. On a męme calculé...

—Défions-nous, murmura Michel, voilŕ les chiffres qui s’avancent.

—On a męme calculé, reprit imperturbablement Barbicane, que le choc de chaque bolide sur le Soleil doit produire une chaleur égale ŕ celle de quatre mille masses de houille d’un volume égal.

—Et quelle est la chaleur solaire? demanda Michel.

—Elle est égale ŕ celle que produirait la combustion d’une couche de charbon qui entourerait le Soleil sur une épaisseur de vingt-sept kilomčtres.

—Et cette chaleur?...

—Elle serait capable de faire bouillir par heure deux milliards neuf…