Autour de la Lune

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Autour de la Lune (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne08 Kategorie:

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E-kniha Jules Verne: Autour de la Lune

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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XIV

La nuit de trois cent cinquante-quatre heures et demie

Au moment oů se produisit si brusquement ce phénomčne, le projectile rasait le pôle nord de la Lune ŕ moins de cinquante kilomčtres. Quelques secondes lui avaient donc suffi pour se plonger dans les ténčbres absolues de l’espace. La transition s’était si rapidement opérée, sans nuances, sans dégradation de lumičre, sans atténuation des ondulations lumineuses, que l’astre semblait s’ętre éteint sous l’influence d’un souffle puissant.

«Fondue, disparue, la Lune!» s’était écrié Michel Ardan tout ébahi.

En effet, ni un reflet, ni une ombre. Rien n’apparaissait plus de ce disque nagučre éblouissant. L’obscurité était complčte et rendue plus profonde encore par le rayonnement des étoiles. C’était «ce noir» dont s’imprčgnent les nuits lunaires qui durent trois cent cinquante-quatre heures et demie pour chaque point du disque, longue nuit qui résulte de l’égalité des mouvements de translation et de rotation de la Lune, l’un sur elle-męme, l’autre autour de la Terre. Le projectile, immergé dans le cône d’ombre du satellite, ne subissait pas plus l’action des rayons solaires qu’aucun des points de sa partie invisible.

A l’intérieur, l’obscurité était donc complčte. On ne se voyait plus. De lŕ, nécessité de dissiper ces ténčbres. Quelque désireux que fűt Barbicane de ménager le gaz dont la réserve était si restreinte, il dut lui demander une clarté factice, un éclat dispendieux que le Soleil lui refusait alors.

«Le diable soit de l’astre radieux! s’écria Michel Ardan, qui va nous induire en dépense de gaz au lieu de nous prodiguer gratuitement ses rayons.

—N’accusons pas le Soleil, reprit Nicholl. Ce n’est pas sa faute, mais bien la faute ŕ la Lune qui est venue se placer comme un écran entre nous et lui.

—C’est le Soleil! reprenait Michel.

—C’est la Lune!» ripostait Nicholl.

Une dispute oiseuse ŕ laquelle Barbicane mit fin en disant:

«Mes amis, ce n’est ni la faute au Soleil, ni la faute ŕ la Lune. C’est la faute au projectile qui, au lieu de suivre rigoureusement sa trajectoire, s’en est maladroitement écarté. Et, pour ętre plus juste, c’est la faute ŕ ce malencontreux bolide qui a si déplorablement dévié notre direction premičre.

—Bon! répondit Michel Ardan, puisque l’affaire est arrangée, déjeunons. Aprčs une nuit entičre d’observations, il convient de se refaire un peu.»

Cette proposition ne trouva pas de contradicteurs. Michel, en quelques minutes, eut préparé le repas. Mais on mangea pour manger, on but sans porter de toasts, sans pousser de hurrahs. Les hardis voyageurs entraînés dans ces sombres espaces, sans leur cortčge habituel de rayons, sentaient une vague inquiétude leur monter au coeur. L’ombre «farouche», si chčre ŕ la plume de Victor Hugo, les étreignait de toutes parts.

Cependant ils causčrent de cette interminable nuit de trois cent cinquante-quatre heures, soit prčs de quinze jours, que les lois physiques ont imposée aux habitants de la Lune. Barbicane donna ŕ ses amis quelques explications sur les causes et les conséquences de ce curieux phénomčne.

«Curieux ŕ coup sűr, dit-il, car si chaque hémisphčre de la Lune est privé de la lumičre solaire pendant quinze jours, celui au-dessus duquel nous flottons en ce moment ne jouit męme pas, pendant sa longue nuit, de la vue de la Terre splendidement éclairée. En un mot, il n’y a de Lune — en appliquant cette qualification ŕ notre sphéroďde — que pour un côté du disque. Or, s’il en était ainsi pour la Terre, si par exemple l’Europe ne voyait jamais la Lune et qu’elle fűt visible seulement ŕ ses antipodes, vous figurez-vous quel serait l’étonnement d’un Européen qui arriverait en Australie?

—On ferait le voyage rien que pour aller voir la Lune! répondit Michel.

—Eh bien, reprit Barbicane, cet étonnement est réservé au Sélénite qui habite la face de la Lune opposée ŕ la Terre, face ŕ jamais invisible ŕ nos compatriotes du globe terrestre.

—Et que nous aurions vue, ajouta Nicholl, si nous étions arrivés ici ŕ l’époque oů la Lune est nouvelle, c’est-ŕ-dire quinze jours plus tard.

—J’ajouterai, en revanche, reprit Barbicane, que l’habitant de la face visible est singuličrement favorisé de la nature au détriment de ses frčres de la face invisible. Ce dernier, comme vous le voyez, a des nuits profondes de trois cent cinquante-quatre heures, sans qu’aucun rayon en rompe l’obscurité. L’autre, au contraire, lorsque le Soleil qui l’a éclairé pendant quinze jours se couche sous l’horizon, voit se lever ŕ l’horizon opposé un astre splendide. C’est la Terre, treize fois grosse comme cette Lune réduite que nous connaissons; la Terre qui se développe sur un diamčtre de deux degrés, et qui lui verse une lumičre treize fois plus intense que ne tempčre aucune couche atmosphérique; la Terre dont la disparition n’arrive qu’au moment oů le Soleil reparaît ŕ son tour!

—Belle phrase! dit Michel Ardan, un peu académique peut-ętre.

—Il suit de lŕ, reprit Barbicane, sans sourciller, que cette face visible du disque doit ętre fort agréable ŕ habiter, puisqu’elle regarde toujours, soit le Soleil quand la Lune est pleine, soit la Terre quand la Lune est nouvelle.

—Mais, dit Nicholl, cet avantage doit ętre bien compensé par l’insoutenable chaleur que cette lumičre entraîne avec elle.

—L’inconvénient, sous ce rapport, est le męme pour les deux faces, car la lumičre reflétée par la Terre est évidemment dépourvue de chaleur. Cependant cette face invisible est encore plus éprouvée par la chaleur que la face visible. Je dis cela pour vous, Nicholl, parce que Michel ne comprendra probablement pas.

—Merci, fit Michel.

—En effet, reprit Barbicane, lorsque cette face invisible reçoit ŕ la fois la lumičre et la chaleur solaire, c’est que la Lune est nouvelle, c’est-ŕ-dire qu’elle est en conjonction, qu’elle est située entre le Soleil et la Terre. Elle se trouve donc — par rapport ŕ la situation qu’elle occupe en opposition, lorsqu’elle est pleine — plus rapprochée du Soleil du double s…