Autour de la Lune

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Autour de la Lune (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne08 Kategorie:

Popis

E-kniha Jules Verne: Autour de la Lune

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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IX

Conséquences d’une déviation

Barbicane n’avait plus d’inquiétude, sinon sur l’issue du voyage, du moins sur la force d’impulsion du projectile. Sa vitesse virtuelle l’entraînait au-delŕ de la ligne neutre. Donc, il ne reviendrait pas ŕ la Terre. Donc, il ne s’immobiliserait pas sur le point d’attraction. Une seule hypothčse restait ŕ se réaliser, l’arrivée du boulet ŕ son but sous l’action de l’attraction lunaire.

En réalité, c’était une chute de huit mille deux cent quatre-vingt-seize lieues, sur un astre, il est vrai, oů la pesanteur ne doit ętre évaluée qu’au sixičme de la pesanteur terrestre. Chute formidable néanmoins, et contre laquelle toutes précautions voulaient ętre prises sans retard.

Ces précautions étaient de deux sortes: les unes devaient amortir le coup au moment oů le projectile toucherait le sol lunaire; les autres devaient retarder sa chute et, par conséquent, la rendre moins violente.

Pour amortir le coup, il était fâcheux que Barbicane ne fűt plus ŕ męme d’employer les moyens qui avaient si utilement atténué le choc du départ, c’est-ŕ-dire l’eau employée comme ressort et les cloisons brisantes. Les cloisons existaient encore; mais l’eau manquait, car on ne pouvait employer la réserve ŕ cet usage, réserve précieuse pour le cas oů, pendant les premiers jours, l’élément liquide manquerait au sol lunaire.

D’ailleurs, cette réserve eűt été trčs insuffisante pour faire ressort. La couche d’eau emmagasinée dans le projectile au départ, et sur laquelle reposait le disque étanche, n’occupait pas moins de trois pieds de hauteur sur une surface de cinquante-quatre pieds carrés. Elle mesurait en volume six mčtres cubes et en poids cinq mille sept cent cinquante kilogrammes. Or, les récipients n’en contenaient pas la cinquičme partie. Il fallait donc renoncer ŕ ce moyen si puissant d’amortir le choc d’arrivée.

Fort heureusement, Barbicane, non content d’employer l’eau, avait muni le disque mobile de forts tampons ŕ ressort, destinés ŕ amoindrir le choc contre le culot aprčs l’écrasement des cloisons horizontales. Ces tampons existaient toujours; il suffisait de les rajuster et de remettre en place le disque mobile. Toutes ces pičces, faciles ŕ manier, puisque leur poids était ŕ peine sensible, pouvaient ętre remontées rapidement.

Ce fut fait. Les divers morceaux se rajustčrent sans peine. Affaire de boulons et d’écrous. Les outils ne manquaient pas. Bientôt le disque remanié reposa sur ses tampons d’acier, comme une table sur ses pieds. Un inconvénient résultait du placement de ce disque. La vitre inférieure était obstruée. Donc, impossibilité pour les voyageurs d’observer la Lune par cette ouverture, lorsqu’ils seraient précipités perpendiculairement sur elle. Mais il fallait y renoncer. D’ailleurs, par les ouvertures latérales, on pouvait encore apercevoir les vastes régions lunaires comme on voit la Terre de la nacelle d’un aérostat.

Cette disposition du disque demanda une heure de travail. Il était plus de midi quand les préparatifs furent achevés. Barbicane fit de nouvelles observations sur l’inclinaison du projectile; mais ŕ son grand ennui, il ne s’était pas suffisamment retourné pour une chute; il paraissait suivre une courbe parallčle au disque lunaire. L’astre des nuits brillait splendidement dans l’espace, tandis qu’ŕ l’opposé, l’astre du jour l’incendiait de ses feux.

Cette situation ne laissait pas d’ętre inquiétante.

«Arriverons-nous? dit Nicholl.

—Faisons comme si nous devions arriver, répondit Barbicane.

—Vous ętes des trembleurs, répliqua Michel Ardan. Nous arriverons, et plus vite que nous ne le voudrons.»

Cette réponse ramena Barbicane ŕ son travail préparatoire, et il s’occupa de la disposition des engins destinés ŕ retarder la chute.

On se rappelle la scčne du meeting tenu ŕ Tampa-Town, dans la Floride, alors que le capitaine Nicholl se posait en ennemi de Barbicane et en adversaire de Michel Ardan. Au capitaine Nicholl, soutenant que le projectile se briserait comme verre, Michel avait répondu qu’il retarderait sa chute au moyen de fusées convenablement disposées.

En effet, de puissants artifices, prenant leur point d’appui sur le culot et fusant ŕ l’extérieur, pouvaient, en produisant un mouvement de recul, enrayer dans une certaine proportion, la vitesse du boulet. Ces fusées devaient brűler dans le vide, il est vrai, mais l’oxygčne ne leur manquerait pas, car elles se le fournissaient elle-męmes, comme les volcans lunaires, dont la déflagration n’a jamais été empęchée par le défaut d’atmosphčre autour de la Lune.

Barbicane s’était donc muni d’artifices renfermés dans de petits canons d’acier taraudés, qui pouvaient se visser dans le culot du projectile. Intérieurement, ces canons affleuraient le fond. Extérieurement, ils le dépassaient d’un demi-pied. Il y en avait vingt. Une ouverture, ménagée dans le disque, permettait d’allumer la mčche dont chacun était pourvu. Tout l’effet se produisait au-dehors. Les mélanges fusants avaient été forcés d’avance dans chaque canon. Il suffisait donc d’enlever les obturateurs métalliques engagés dans le culot, et de les remplacer par ces canons qui s’ajustaient rigoureusement ŕ leur place.

Ce nouveau travail fut achevé vers trois heures, et, toutes ces précautions prises, il ne s’agit plus que d’attendre.

Cependant, le projectile se rapprochait visiblement de la Lune. Il subissait évidemment son influence dans une certaine proportion; mais sa propre vitesse l’entraînait aussi suivant une ligne oblique. De ces deux influences, la résultante était une ligne qui deviendrait peut-ętre une tangente. Mais il était certain que le projectile ne tombait pas normalement ŕ la surface de la Lune, car sa partie inférieure, en raison męme de son poids, aurait dű ętre tournée vers elle.

Les inquiétudes de Barbicane redoublaient ŕ voir son boulet résister aux influences de la gravitation. C’était l’inconnu qui s’ouvrait devant lui, l’inconnu ŕ travers les espaces intra-stellaires. Lui, le savant, il croya…