Michel Strogoff: Moscou-Irkutsk

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Michel Strogoff: Moscou-Irkutsk (jazyk: Francouzština)

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Popis

E-kniha Jules Verne: Michel Strogoff: Moscou-Irkutsk

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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CHAPITRE VI

UN AMI DE GRANDE ROUTE.

Une demi-heure aprčs, Michel Strogoff et Nadia avaient quitté Tomsk.

Un certain nombre de prisonniers, cette nuit-lŕ, purent aussi échapper aux Tartares, car officiers ou soldats, tous plus ou moins abrutis, s’étaient, inconsciemment relâchés de la surveillance sévčre qu’ils avaient maintenue jusqu’alors, soit au camp de Zabédiero, soit pendant la marche des convois. Nadia, aprčs avoir été emmenée tout d’abord avec les autres prisonniers, avait donc pu fuir et revenir au plateau, au moment oů Michel Strogoff était conduit devant l’émir.

La, męlée ŕ la foule, elle avait tout vu. Pas un cri ne lui échappa lorsque la lame, chauffée ŕ blanc, passa devant les yeux de son compagnon. Elle eut la force de rester immobile et muette. Une providentielle inspiration lui dit de se réserver, libre encore, pour guider le fils de Marfa Strogoff au but qu’il avait juré d’atteindre. Son coeur, un moment, cessa de battre, lorsque la vieille Sibérienne tomba inanimée, mais une pensée lui rendit toute son énergie.

«Je serai le chien de l’aveugle!» se dit-elle.

Aprčs le départ d’Ivan Ogareff, Nadia s’était dissimulée dans l’ombre. Elle avait attendu que la foule eűt quitté le plateau. Michel Strogoff, abandonné comme un misérable ętre dont on ne doit plus rien craindre, était seul. Elle le vit se traîner jusqu’ŕ sa mčre, se courber sur elle, la baiser au front, puis se relever, tâtonner pour fuir...

Quelques instants plus tard, elle et lui, la main dans la main, avaient descendu le talus escarpé, et, aprčs avoir suivi les berges du Tom jusqu’ŕ l’extrémité de la ville, ils franchissaient heureusement une brčche de l’enceinte.

La route d’Irkoutsk était la seule qui s’enfonçât dans l’est, il n’y avait pas ŕ se tromper. Nadia entraîna rapidement Michel Strogoff. Il était possible que dčs le lendemain, aprčs quelques heures d’orgie, les éclaireurs de l’émir, se jetant de nouveau sur la steppe, coupassent toute communication. Il importait donc de les devancer, d’atteindre avant eux Krasnoiarsk, que cinq cents verstes (533 kilomčtres) séparaient de Tomsk, enfin de ne quitter que le plus tard possible la grande route. Se lancer hors du chemin tracé, c’était l’incertain, l’inconnu, c’était la mort ŕ bref délai.

Comment Nadia put-elle supporter les fatigues de cette nuit du 16 au 17 aoűt? Comment trouva-t-elle la force physique nécessaire ŕ fournir une si longue étape? Comment ses pieds, saignant d’une marche forcée, purent-ils la porter jusque-lŕ? c’est presque incompréhensible. Mais il n’en est pas moins vrai que le lendemain matin, douze heures aprčs leur départ de Tomsk, Michel Strogoff et elle atteignaient le bourg de Sémilowskoë, aprčs une course de cinquante verstes.

Michel Strogoff n’avait pas prononcé une seule parole. Ce n’était pas Nadia qui tenait sa main, ce fut lui qui tint celle de sa compagne pendant toute cette nuit; mais, grâce ŕ cette main qui le guidait rien que par ses frémissements, il avait marché avec son allure ordinaire.

Sémilowskoë était presque entičrement abandonnée. Les habitants, redoutant les Tartares, avaient fui dans la province d’Yeniseisk. A peine deux ou trois maisons étaient elles encore occupées. Tout ce que la ville contenait d’utile ou de précieux avait été enlevé sur des charrettes.

Cependant, Nadia était dans la nécessité de faire lŕ une halte de quelques heures. Il leur fallait ŕ tous deux nourriture et repos.

La jeune fille conduisit donc son compagnon ŕ l’extrémité de la bourgade. Une maison vide, la porte ouverte, était lŕ. Ils y entrčrent. Un mauvais banc de bois se trouvait au milieu de la chambre; prčs de ce haut poęle commun ŕ toutes les demeures sibériennes. Ils s’y assirent.

Nadia regarda alors bien en face son compagnon aveugle, et comme elle ne l’avait jamais regardé jusqu’alors. Il y avait plus que de la reconnaissance, plus que de la pitié dans son regard. Si Michel Strogoff avait pu la voir, il aurait lu dans ce beau regard désolé l’expression d’un dévouement et d’une tendresse infinis.

Les paupičres de l’aveugle, rougies par la lame incandescente, recouvraient ŕ demi ses yeux, absolument secs. La sclérotique en était légčrement plissée et comme raccornie, la pupille singuličrement agrandie; l’iris semblait d’un bleu plus foncé qu’il n’était auparavant; les cils et les sourcils étaient en partie brűlés; mais, en apparence du moins, le regard si pénétrant du jeune homme ne semblait avoir subi aucun changement. S’il n’y voyait plus, si sa cécité était complčte, c’est que la sensibilité de la rétine et du nerf optique avait été radicalement détruite par l’ardente chaleur de l’acier.

En ce moment, Michel Strogoff étendit les mains. «Tu es lŕ, Nadia? demanda-t-il.

—Oui, répondit la jeune fille, je suis prčs de toi, et je ne te quitterai plus, Michel.»

A son nom, prononcé par Nadia pour la premičre fois, Michel Strogoff tressaillit. Il comprit que sa compagne savait tout, ce qu’il était, quels liens l’unissaient ŕ la vieille Marfa.

«Nadia, reprit-il, il va falloir nous séparer!

—Nous séparer? Pourquoi cela, Michel?

—Je ne veux pas ętre un obstacle ŕ ton voyage! Ton pčre t’attend ŕ Irkoutsk! Il faut que tu rejoignes ton pčre!

—Mon pčre me maudirait, Michel, si je t’abandonnais, aprčs ce que tu as fait pour moi!

—Nadia! Nadia! répondit Michel Strogoff, en pressant la main que la jeune fille avait posée sur la sienne, tu ne dois penser qu’ŕ ton pčre!

—Michel, reprit Nadia, tu as plus besoin de moi que mon pčre! Dois-tu donc renoncer ŕ aller ŕ Irkoutsk?

—Jamais! s’écria Michel Strogoff d’un ton qui montrait qu’il n’avait rien perdu de son énergie.

—Cependant, tu n’as plus cette lettre!....

—Cette lettre qu’Ivan Ogareff m’a volée!... Eh bien! je saurai m’en passer, Nadia! Ils m’ont traité comme un espion! J’agirai comme un espion! J’irai dire ŕ Irkoutsk tout ce que j’ai vu, tout ce que j’ai entendu, et, j’en jure par la Dieu vivant! le traître me retrouvera un jour face ŕ face! Mais il faut que j’arrive…