Les Indes Noires

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Les Indes Noires (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne12 Kategorie:

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E-kniha Jules Verne: Les Indes Noires

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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VI

Quelques phénomčnes inexplicables

On sait ce que sont les croyances superstitieuses dans les hautes et basses terres de l’Écosse. En certains clans, les tenanciers du laird, réunis pour la veillée, aiment ŕ redire les contes empruntés au répertoire de la mythologie hyperboréenne. L’instruction, quoique largement et libéralement répandue dans le pays, n’a pas pu réduire encore ŕ l’état de fictions ces légendes, qui semblent inhérentes au sol męme de la vieille Calédonie. C’est encore le pays des esprits et des revenants, des lutins et des fées. Lŕ apparaissent toujours le génie malfaisant qui ne s’éloigne que moyennant finances, le « Seer » des Highlanders, qui, par un don de seconde vue, prédit les morts prochaines, le « May Moullach », qui se montre sous la forme d’une jeune fille aux bras velus et prévient les familles des malheurs dont elles sont menacées, la fée « Branshie », qui annonce les événements funestes, les « Brawnies », auxquels est confiée la garde du mobilier domestique, l’« Urisk », qui fréquente plus particuličrement les gorges sauvages du lac Katrine, — et tant d’autres.

Il va de soi que la population des houillčres écossaises devait fournir son contingent de légendes et de fables ŕ ce répertoire mythologique. Si les montagnes des Hautes-Terres sont peuplées d’ętres chimériques, bons ou mauvais, ŕ plus forte raison les sombres houillčres devaient-elles ętre hantées jusque dans leurs derničres profondeurs. Qui fait trembler le gisement pendant les nuits d’orage, qui met sur la trace du filon encore inexploité, qui allume le grisou et préside aux explosions terribles, sinon quelque génie de la mine ? C’était, du moins, l’opinion communément répandue parmi ces superstitieux Écossais. En vérité, la plupart des mineurs croyaient volontiers au fantastique, quand il ne s’agissait que de phénomčnes purement physiques, et on eűt perdu son temps ŕ vouloir les désabuser. Oů la crédulité se fűt-elle développée plus librement qu’au fond de ces abîmes ?

Or, les houillčres d’Aberfoyle, précisément parce qu’elles étaient exploitées dans le pays des légendes, devaient se pręter plus naturellement ŕ tous les incidents du surnaturel.

Donc les légendes y abondaient. Il faut dire, d’ailleurs, que certains phénomčnes, inexpliqués jusqu’alors, ne pouvaient que fournir un nouvel aliment ŕ la crédulité publique.

Au premier rang des superstitieux de la fosse Dochart, figurait Jack Ryan, le camarade d’Harry. C’était le plus grand partisan du surnaturel qui fűt. Toutes ces fantastiques histoires, il les transformait en chansons, qui lui valaient de beaux succčs pendant les veillées d’hiver.

Mais Jack Ryan n’était pas le seul ŕ faire montre de sa crédulité. Ses camarades affirmaient, non moins hautement, que les fosses d’Aberfoyle étaient hantées, que certains ętres insaisissables y apparaissaient fréquemment, comme cela arrivait dans les Hautes-Terres. A les entendre, ce qui męme aurait été extraordinaire, c’eűt été qu’il n’en fűt pas ainsi. Est-il donc, en effet, un milieu mieux disposé qu’une sombre et profonde houillčre pour les ébats des génies, des lutins, des follets et autres acteurs des drames fantastiques ? Le décor était tout dressé, pourquoi les personnages surnaturels n’y seraient pas venus jouer leur rôle ?

Ainsi raisonnaient Jack Ryan et ses camarades des houillčres d’Aberfoyle. On a dit que les différentes fosses communiquaient entre elles par les longues galeries souterraines, ménagées entre les filons. Il existait ainsi sous le comté de Stirling un énorme massif, sillonné de tunnels, troué de caves, foré de puits, une sorte d’hypogée, de labyrinthe subterrané, qui offrait l’aspect d’une vaste fourmiličre.

Les mineurs des divers fonds se rencontraient donc souvent, soit lorsqu’ils se rendaient sur les travaux d’exploitation, soit lorsqu’ils en revenaient. De lŕ, une facilité constante d’échanger des propos et de faire circuler d’une fosse ŕ l’autre les histoires qui tiraient leur origine de la houillčre. Les récits se transmettaient ainsi avec une rapidité merveilleuse, passant de bouche en bouche et s’accroissant comme il convient.

Cependant, deux hommes plus instruits et de tempérament plus positif que les autres, avaient toujours résisté ŕ cet entraînement. Ils n’admettaient ŕ aucun degré l’intervention des lutins, des génies ou des fées.

C’étaient Simon Ford et son fils. Et ils le prouvčrent bien en continuant d’habiter la sombre crypte, aprčs l’abandon de la fosse Dochart. Peut-ętre la bonne Madge avait-elle quelque penchant au surnaturel, comme toute Écossaise des Hautes-Terres. Mais ces histoires d’apparitions, elle était réduite ŕ se les raconter ŕ elle-męme, — ce qu’elle faisait consciencieusement, d’ailleurs, pour ne point perdre les vieilles traditions.

Simon et Harry Ford eussent-ils été aussi crédules que leurs camarades, ils n’auraient abandonné la houillčre ni aux génies, ni aux fées. L’espoir de découvrir un nouveau filon leur eűt fait braver toute la fantastique cohorte des lutins. Ils n’étaient crédules, ils n’étaient croyants que sur un point : ils ne pouvaient admettre que le gisement carbonifčre d’Aberfoyle fűt totalement épuisé. On peut dire, avec quelque justesse, que Simon Ford et son fils avaient ŕ ce sujet « la foi du charbonnier », cette foi en Dieu que rien ne peut ébranler.

C’est pourquoi depuis dix ans, sans y manquer un seul jour, obstinés, immuables dans leurs convictions, le pčre et le fils prenaient leur pic, leur bâton et leur lampe. Ils allaient ainsi tous les deux, cherchant, tâtant la roche d’un coup sec, écoutant si elle rendait un son favorable.

Tant que les sondages n’auraient pas été poussés jusqu’au granit du terrain primaire, Simon et Harry Ford étaient d’accord que la recherche, inutile aujourd’hui, pou…