Les Indes Noires

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Les Indes Noires (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne12 Kategorie:

Popis

E-kniha Jules Verne: Les Indes Noires

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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V

La Famille Ford

Dix minutes aprčs, James Starr et Harry sortaient enfin de la galerie principale.

Le jeune mineur et son compagnon étaient arrivés au fond d’une clairičre, — si toutefois ce mot peut servir ŕ désigner une vaste et obscure excavation. Cette excavation, cependant, n’était pas absolument dépourvue de jour. Quelques rayons lui arrivaient par l’orifice d’un puits abandonné, qui avait été foncé dans les étages supérieurs. C’était par ce conduit que s’établissait le courant d’aération de la fosse Dochart. Grâce ŕ sa moindre densité, l’air chaud de l’intérieur était entraîné vers le puits Yarow.

Donc, un peu d’air et de clarté pénétrait ŕ la fois ŕ travers l’épaisse voűte de schiste jusqu’ŕ la clairičre.

C’était lŕ que Simon Ford habitait depuis dix ans, avec sa famille, une souterraine demeure, évidée dans le massif schisteux, ŕ l’endroit męme oů fonctionnaient autrefois les puissantes machines, destinées ŕ opérer la traction mécanique de la fosse Dochart.

Telle était l’habitation — ŕ laquelle il donnait volontiers le nom de « cottage » —, oů résidait le vieil overman. Grâce ŕ une certaine aisance, due ŕ une longue existence de travail, Simon Ford aurait pu vivre en plein soleil, au milieu des arbres, dans n’importe quelle ville du royaume; mais les siens et lui avaient préféré ne pas quitter la houillčre, oů ils étaient heureux, ayant męmes idées, męmes goűts. Oui ! il leur plaisait, ce cottage, enfoui ŕ quinze cents pieds au-dessous du sol écossais. Entre autres avantages, il n’y avait pas ŕ craindre que les agents du fisc, les « stentmaters » chargés d’établir la capitation, vinssent jamais y relancer ses hôtes !

A cette époque, Simon Ford, l’ancien overman de la fosse Dochart, portait vigoureusement encore ses soixante-cinq ans. Grand, robuste, bien taillé, il eűt été regardé comme l’un des plus remarquables « sawneys [1] » du canton, qui fournissait tant de beaux hommes aux régiments de Highlanders.

Simon Ford descendait d’une ancienne famille de mineurs, et sa généalogie remontait aux premiers temps oů furent exploités les gisements carbonifčres en Écosse.

Sans rechercher archéologiquement si les Grecs et les Romains ont fait usage de la houille, si les Chinois utilisaient les mines de charbon bien avant l’čre chrétienne, sans discuter si réellement le combustible minéral doit son nom au maréchal ferrant Houillos, qui vivait en Belgique dans le XIIe sičcle, on peut affirmer que les bassins de la Grande-Bretagne furent les premiers dont l’exploitation fut mise en cours régulier. Au XIe sičcle, déjŕ, Guillaume le Conquérant partageait entre ses compagnons d’armes les produits du bassin de Newcastle. Au XIIIe sičcle, une licence d’exploitation du « charbon marin » était concédée par Henri III. Enfin, vers la fin du męme sičcle, il est fait mention des gisements de l’Écosse et du pays de Galles.

Ce fut vers ce temps que les ancętres de Simon Ford pénétrčrent dans les entrailles du sol calédonien, pour n’en plus sortir, de pčre en fils. Ce n’étaient que de simples ouvriers. Ils travaillaient comme des forçats ŕ l’extraction du précieux combustible. On croit męme que les charbonniers mineurs, tout comme les sauniers de cette époque, étaient alors de véritables esclaves. En effet, au XVIIIe sičcle, cette opinion était si bien établie en Écosse, que, pendant la guerre du Prétendant, on put craindre que vingt mille mineurs de Newcastle ne se soulevassent pour reconquérir une liberté — qu’ils ne croyaient pas avoir.

Quoi qu’il en soit, Simon Ford était fier d’appartenir ŕ cette grande famille des houilleurs écossais. Il avait travaillé de ses mains, lŕ męme oů ses ancętres avaient manié le pic, la pince, la rivelaine et la pioche. A trente ans, il était overman de la fosse Dochart, la plus importante des houillčres d’Aberfoyle. Il aimait passionnément son métier. Pendant de longues années, il exerça ses fonctions avec zčle. Son seul chagrin était de voir la couche s’appauvrir et de prévoir l’heure trčs prochaine oů le gisement serait épuisé.

C’est alors qu’il s’était adonné ŕ la recherche de nouveaux filons dans toutes les fosses d’Aberfoyle, qui communiquaient souterrainement entre elles. Il avait eu le bonheur d’en découvrir quelques-uns pendant la derničre période d’exploitation. Son instinct de mineur le servait merveilleusement, et l’ingénieur James Starr l’appréciait fort. On eűt dit qu’il devinait les gisements dans les entrailles de la houillčre, comme un hydroscope devine les sources sous la couche du sol.

Mais le moment arriva, on l’a dit, oů la matičre combustible manqua tout ŕ fait ŕ la houillčre. Les sondages ne donnčrent plus aucun résultat. Il fut évident que le gîte carbonifčre était entičrement épuisé. L’exploitation cessa. Les mineurs se retirčrent.

Le croira-t-on ? Ce fut un désespoir pour le plus grand nombre. Tous ceux qui savent que l’homme, au fond, aime sa peine, ne s’en étonneront pas. Simon Ford, sans contredit, fut le plus atteint. Il était, par excellence, le type du mineur, dont l’existence est indissolublement liée ŕ celle de sa mine. Depuis sa naissance, il n’avait cessé de l’habiter, et, lorsque les travaux furent abandonnés, il voulut y demeurer encore. Il resta donc. Harry, son fils, fut chargé du ravitaillement de l’habitation souterraine; mais quant ŕ lui, depuis dix ans, il n’était pas remonté dix fois ŕ la surface du sol.

« Aller lŕ-haut ! A quoi bon ? » répétait-il, et il ne quittait pas son noir domaine.

Dans ce milieu parfaitement sain, d’ailleurs, soumis ŕ une température toujours moyenne, le vieil overman ne connaissait ni les chaleurs de l’été, ni les froids de l’hiver. Les siens se portaient bien. Que pouvait-il désirer de plus ?

Au fond, il était sérieusement attristé. Il regrettait l’animation, le mouvement, la vie d’autrefois, dans la fosse si laborieusement exploitée. Cependant, il était soutenu par une idée fixe.

« Non ! non ! la houillčre n’est pas épuisée ! » répétait-il.

Et celui-lŕ se serait fait un m…