Le Tour du Mond en Quatre-vingts Jours

Jules Verne

3,04 

Elektronická kniha: Jules Verne – Le Tour du Mond en Quatre-vingts Jours (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne17 Kategorie:

Popis

E-kniha Jules Verne: Le Tour du Mond en Quatre-vingts Jours

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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XXXI

DANS LEQUEL L’INSPECTEUR FIX PREND TRČS SÉRIEUSEMENT LES INTÉRĘTS DE PHILEAS FOGG

Phileas Fogg se trouvait en retard de vingt heures. Passepartout, la cause involontaire de ce retard, était désespéré. Il avait décidément ruiné son maître !

En ce moment, l’inspecteur s’approcha de Mr. Fogg, et, le regardant bien en face :

« Trčs sérieusement, monsieur, lui demanda-t-il, vous ętes pressé ?

— Trčs sérieusement, répondit Phileas Fogg.

— J’insiste, reprit Fix. Vous avez bien intéręt ŕ ętre ŕ New York le 11, avant neuf heures du soir, heure du départ du paquebot de Liverpool ?

— Un intéręt majeur.

— Et si votre voyage n’eűt pas été interrompu par cette attaque d’Indiens, vous seriez arrivé ŕ New York le 11, dčs le matin ?

— Oui, avec douze heures d’avance sur le paquebot.

— Bien. Vous avez donc vingt heures de retard. Entre vingt et douze, l’écart est de huit. C’est huit heures ŕ regagner. Voulez-vous tenter de le faire ?

— A pied ? demanda Mr. Fogg.

— Non, en traîneau, répondit Fix, en traîneau ŕ voiles. Un homme m’a proposé ce moyen de transport. »

C’était l’homme qui avait parlé ŕ l’inspecteur de police pendant la nuit, et dont Fix avait refusé l’offre.

Phileas Fogg ne répondit pas ŕ Fix ; mais Fix lui ayant montré l’homme en question qui se promenait devant la gare, le gentleman alla ŕ lui. Un instant aprčs, Phileas Fogg et cet Américain, nommé Mudge, entraient dans une hutte construite au bas du fort Kearney.

Lŕ, Mr. Fogg examina un assez singulier véhicule, sorte de châssis, établi sur deux longues poutres, un peu relevées ŕ l’avant comme les semelles d’un traîneau, et sur lequel cinq ou six personnes pouvaient prendre place. Au tiers du châssis, sur l’avant, se dressait un mât trčs élevé, sur lequel s’enverguait une immense brigantine. Ce mât, solidement retenu par des haubans métalliques, tendait un étai de fer qui servait ŕ guinder un foc de grande dimension. A l’arričre, une sorte de gouvernail-godille permettait de diriger l’appareil.

C’était, on le voit, un traîneau gréé en sloop. Pendant l’hiver, sur la plaine glacée, lorsque les trains sont arrętés par les neiges, ces véhicules font des traversées extręmement rapides d’une station ŕ l’autre. Ils sont, d’ailleurs, prodigieusement voilés — plus voilés męme que ne peut l’ętre un cotre de course, exposé ŕ chavirer —, et, vent arričre, ils glissent ŕ la surface des prairies avec une rapidité égale, sinon supérieure, ŕ celle des express.

En quelques instants, un marché fut conclu entre Mr. Fogg et le patron de cette embarcation de terre. Le vent était bon. Il soufflait de l’ouest en grande brise. La neige était durcie, et Mudge se faisait fort de conduire Mr. Fogg en quelques heures ŕ la station d’Omaha. Lŕ, les trains sont fréquents et les voies nombreuses, qui conduisent ŕ Chicago et ŕ New York. Il n’était pas impossible que le retard fűt regagné. Il n’y avait donc pas ŕ hésiter ŕ tenter l’aventure.

Mr. Fogg, ne voulant pas exposer Mrs. Aouda aux tortures d’une traversée en plein air, par ce froid que la vitesse rendrait plus insupportable encore, lui proposa de rester sous la garde de Passepartout ŕ la station de Kearney. L’honnęte garçon se chargerait de ramener la jeune femme en Europe par une route meilleure et dans des conditions plus acceptables.

Mrs. Aouda refusa de se séparer de Mr. Fogg, et Passepartout se sentit trčs heureux de cette détermination. En effet, pour rien au monde il n’eűt voulu quitter son maître, puisque Fix devait l’accompagner.

Quant ŕ ce que pensait alors l’inspecteur de police ce serait difficile ŕ dire. Sa conviction avait-elle été ébranlée par le retour de Phileas Fogg, ou bien le tenait-il pour un coquin extręmement fort, qui, son tour du monde accompli, devait croire qu’il serait absolument en sűreté en Angleterre ? Peut-ętre l’opinion de Fix touchant Phileas Fogg était-elle en effet modifiée. Mais il n’en était pas moins décidé ŕ faire son devoir et, plus impatient que tous, ŕ presser de tout son pouvoir le retour en Angleterre.

A huit heures, le traîneau était pręt ŕ partir. Les voyageurs — on serait tenté de dire les passagers — y prenaient place et se serraient étroitement dans leurs couvertures de voyage. Les deux immenses voiles étaient hissées, et, sous l’impulsion du vent, le véhicule filait sur la neige durcie avec une rapidité de quarante milles ŕ l’heure.

La distance qui sépare le fort Kearney d’Omaha est, en droite ligne — ŕ vol d’abeille, comme disent les Américains —, de deux cents milles au plus. Si le vent tenait, en cinq heures cette distance pouvait ętre franchie. Si aucun incident ne se produisait, ŕ une heure aprčs midi le traîneau devait avoir atteint Omaha.

Quelle traversée ! Les voyageurs, pressés les uns contre les autres, ne pouvaient se parler. Le froid, accru par la vitesse, leur eűt coupé la parole. Le traîneau glissait aussi légčrement ŕ la surface de la plaine qu’une embarcation ŕ la surface des eaux —, avec la houle en moins. Quand la brise arrivait en rasant la terre, il semblait que le traîneau fűt enlevé du sol par ses voiles, vastes ailes d’une immense envergure. Mudge, au gouvernail se maintenait dans la ligne droite, et, d’un coup de godille il rectifiait les embardées que l’appareil tendait ŕ faire. Toute la toile portait. Le foc avait été perqué et n’était plus abrité par la brigantine. Un mât de hune fut guindé, et une flčche, tendue au vent, ajouta sa puissance d’impulsion ŕ celle des autres voiles. On ne pouvait l’estimer, mathématiquement, mais certainement la vitesse du traîneau ne devait pas ętre moindre de quarante milles ŕ l’heure.

« Si rien ne casse, dit Mudge, nous arriverons ! »

Et Mudge avait intéręt ŕ arriver dans le délai convenu, car Mr. Fogg, fidčle ŕ son systčme, l’avait alléché par une forte prime.

La prairie, que le traîneau coupait en ligne droite, était plate comme une mer. On eűt dit un immense étang glacé. Le rail-road qui desservait cette partie du territoire remontait, du sud-ouest au nord-ouest, par…