Kéreban le Tétu

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Kéreban le Tétu (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne13 Kategorie:

Popis

E-kniha Jules Verne: Kéreban le Tétu

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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XII

DANS LEQUEL IL EST RAPPORTÉ QUELQUES PROPOS ÉCHANGÉS ENTRE LA NOBLE SARABOULET SON NOUVEAU FIANCÉ.

Lorsque Ahmet rejoignit ses compagnons, les derničres dispositions, pour souper d’abord, pour dormir ensuite, avaient été convenablement prises. La chambre ŕ coucher, ou plutôt le dortoir commun, c’était la caverne, haute, spacieuse, avec des coins et recoins, oů chacun pourrait se blottir ŕ son gré et męme ŕ son aise. La salle ŕ manger, c’était cette partie plane du campement, sur laquelle des roches éboulées, des fragments de pierre, pouvaient servir de sičges et de tables.

Quelques provisions avaient été tirées de la charrette traînée par le petit âne,—lequel comptait au nombre des convives, ayant été spécialement invité par son ami le seigneur Kéraban. Un peu de fourrage, dont on avait fait une bonne récolte, lui assurait une suffisante part du festin, et il en trayait de satisfaction.

«Soupons, s’écria Kéraban d’un ton joyeux, soupons, mes amis! Mangeons et buvons ŕ notre aise! Ce sera autant de moins que ce brave âne aura ŕ traîner jusqu’ŕ Scutari.» Il va sans dire que, pour ce repas en plein air, au milieu de ce campement éclairé de quelques torches résineuses, chacun s’était placé ŕ sa guise. Au fond, le seigneur Kéraban trônait sur une roche, véritable fauteuil d’honneur de cette réunion épulatoire. Amasia et Nedjeb, l’une prčs de l’autre, comme deux amies,—il n’y avait plus ni maîtresse ni servante,—assises sur de plus modestes pierres, avaient réservé une place ŕ Ahmet, qui ne tarda pas ŕ les rejoindre.

Quant au seigneur Van Mitten, il va de soi qu’il était flanqué, ŕ droite de l’inévitable Yanar, ŕ gauche de l’inséparable Saraboul, et, tous les trois, ils s’étaient attablés devant un gros fragment de roc, que les soupirs du nouveau fiancé auraient dű attendrir.

Bruno, plus maigre que jamais, grignotant et geignant, allait et venait pour les besoins du service. Non seulement le seigneur Kéraban était de belle humeur, comme quelqu’un ŕ qui tout réussit, mais, suivant son habitude, sa joie s’épanchait en propos plaisants, lesquels visaient plus directement son ami Van Mitten. Oui! il était ainsi fait, que l’aventure matrimoniale arrivée ŕ ce pauvre homme,—par dévouement pour lui et les siens,—ne cessait gučre d’exciter sa verve caustique! Dans douze heures, il est vrai, cette histoire aurait pris fin et Van Mitten n’entendrait plus parler ni du frčre ni de la soeur kurdes! De lŕ, une sorte de raison que Kéraban se donnait ŕ lui-męme pour ne point se gęner ŕ l’égard de son compagnon de voyage.

«Eh bien, Van Mitten, cela va bien, n’est-ce pas? dit-il en se frottant les mains. Vous voilŕ au comble de vos voeux! ... De bons amis vous font cortčge! ... Une aimable femme, qui s’est heureusement rencontrée sur votre route, vous accompagne! ... Allah n’aurait pu faire davantage pour vous, quand bien męme vous eussiez été l’un de ses plus fidčles croyants.»

Le Hollandais regarda son ami en allongeant quelque peu les lčvres, mais sans répondre.

«Eh bien, vous vous taisez? dit Yanar.

—Non! ... Je parle ... je parle en dedans!

—A qui? demanda impérieusement la noble Kurde, qui lui saisit vivement le bras.

—A vous, chčre Saraboul, ... ŕ vous» répondît sans conviction l’interloqué Van Mitten.

Puis, se levant:

«Ouf» fit-il.

Le seigneur Yanar et sa soeur, s’étant redressés au męme moment, le suivaient dans toutes ses allées et venues.

«Si vous voulez,» reprit Saraboul de ce ton doucereux qui ne permet pas la moindre contradiction, si vous le voulez, nous ne passerons que quelques heures ŕ Scutari?

—Si je le veux?....

—N’ętes-vous pas mon maître, seigneur Van Mitten? ajouta l’insinuante personne.

—Oui! murmura Bruno, il est son maître ... comme on est le maître d’un dogue qui peut, ŕ chaque instant, vous sauter ŕ la gorge!

—Heureusement, se disait Van Mitten, demain ... ŕ Scutari ... rupture et abandon! ... Mais quelle scčne en perspective.»

Amasia le regardait avec un véritable sentiment de commisération, et, n’osant le plaindre ŕ haute voix, elle s’en ouvrait quelquefois ŕ son fidčle serviteur:

«Pauvre monsieur Van Mitten! répétait-elle ŕ Bruno. Voilŕ pourtant oů l’amené son dévouement pour nous!

—Et sa platitude envers le seigneur Kéraban! répondait Bruno, qui ne pouvait pardonner ŕ son maître une condescendance poussée ŕ ce degré de faiblesse.

—Eh! dit Nedjeb, cela prouve, au moins, que monsieur Van Mitten a un cour bon et généreux!

—Trop généreux! répliqua Bruno. Au surplus, depuis que mon maître a consenti ŕ suivre le seigneur Kéraban en un pareil voyage, je n’ai cessé de lui répéter qu’il lui arriverait malheur tôt ou tard! Mais un malheur pareil! Devenir le fiancé, ne fűt-ce que pour quelques jours, de cette Kurde endiablée! Jamais je n’aurais pu imaginer cela ... non! jamais! La premičre madame Van Mitten était une colombe en comparaison de la seconde.»

Cependant, le Hollandais s’était assis ŕ une autre place, toujours flanqué de ses deux garde-du-corps, lorsque Bruno vint lui offrir quelque nourriture; mais Van Mitten ne se sentait pas en appétit.

«Vous ne mangez pas, seigneur Van Mitten? lui dit Saraboul, qui le régardait entre les deux yeux.

—Je n’ai pas faim!

—Vraiment, vous n’avez pas faim! répliqua le seigneur Yanar. Au Kurdistan on a toujours faim ... męme aprčs les repas!

—Ah! au Kurdistan? ... répondit Van Mitten en avalant les morceaux doubles,—par obéissance.

—Et buvez! ajouta la noble Saraboul.

—Mais, je bois ... je bois vos paroles!» Et il n’osa pas ajouter:

«Seulement, je ne sais pas si c’est bon pour l’estomac!

—Buvez, puisqu’on vous le dit! reprit le seigneur Yanar.

—Je n’ai pas soif!

—Au Kurdistan, on a toujours soif ... męme aprčs les repas.»

Pendant ce temps, Ahmet, toujours en éveil, observait attentivement le guide.

Cet homme, assis ŕ l’écart, prenait sa part du repas, mais il ne pouvait dissimuler quelques mouvements d’impatience. Du moins, Ahmet crut le remarquer. Et comment eűt-il pu en ętre autrement? A ses yeux, ce…