Les Cinq Cents Millions de la Bégum

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Les Cinq Cents Millions de la Bégum (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne10 Kategorie:

Popis

E-kniha Jules Verne: Les Cinq Cents Millions de la Bégum

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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IX
« P.P.C. »

La situation, en effet, était excessivement grave. Que pouvait faire Marcel, dont les heures d’existence étaient maintenant comptées, et qui voyait peut-ętre arriver sa derničre nuit avec le coucher du soleil ?

Il ne dormit pas un instant — non par crainte de ne plus se réveiller, ainsi que l’avait dit Herr Schultze —, mais parce que sa pensée ne parvenait pas ŕ quitter France-Ville, sous le coup de cette imminente catastrophe !

« Que tenter ? se répétait-il. Détruire ce canon ? Faire sauter la tour qui le porte ? Et comment le pourrais-je ? Fuir ! fuir, lorsque ma chambre est gardée par ces deux colosses ! Et puis, quand je parviendrais, avant cette date du 13 septembre, ŕ quitter Stahlstadt, comment empęcherais-je ?... Mais si ! A défaut de notre chčre cité, je pourrais au moins sauver ses habitants, arriver jusqu’ŕ eux, leur crier : “Fuyez sans retard ! Vous ętes menacés de périr par le feu, par le fer ! Fuyez tous !” »

Puis, les idées de Marcel se jetaient dans un autre courant.

« Ce misérable Schultze ! pensait-il. En admettant męme qu’il ait exagéré les effets destructeurs de son obus, et qu’il ne puisse couvrir de ce feu inextinguible la ville tout entičre il est certain qu’il peut d’un seul coup en incendier une partie considérable ! C’est un engin effroyable qu’il a imaginé lŕ, et, malgré la distance qui sépare les deux villes, ce formidable canon saura bien y envoyer son projectile ! Une vitesse initiale vingt fois supérieure ŕ la vitesse obtenue jusqu’ ici ! Quelque chose comme dix mille mčtres, deux lieues et demie ŕ la seconde ! Mais c’est presque le tiers de la vitesse de translation de la terre sur son orbite ! Est-ce donc possible ?... Oui, oui !... si son canon n’éclate pas au premier coup !... Et il n’éclatera pas, car il est fait d’un métal dont la résistance ŕ l’éclatement est presque infinie ! Le coquin connaît trčs exactement la situation de France-Ville Sans sortir de son antre, il pointera son canon avec une précision mathématique, et, comme il l’a dit, l’obus ira tomber sur le centre męme de la cité ! Comment en prévenir les infortunés habitants ! »

Marcel n’avait pas fermé l’oeil, quand le jour reparut. Il quitta alors le lit sur lequel il s’était vainement étendu pendant toute cette insomnie fiévreuse.

« Allons, se dit-il, ce sera pour la nuit prochaine ! Ce bourreau, qui veut bien m’épargner la souffrance, attendra sans doute que le sommeil, l’emportant sur l’inquiétude, se soit emparé de moi ! Et alors !... Mais quelle mort me réserve-t-il donc ? Songe-t-il ŕ me tuer avec quelque inhalation d’acide prussique pendant que je dormirai ? Introduira-t-il dans ma chambre de ce gaz acide carbonique qu’il a ŕ discrétion ? N’emploiera-t-il pas plutôt ce gaz ŕ l’état liquide tel qu’il le met dans ses obus de verre, et dont le subit retour ŕ l’état gazeux déterminera un froid de cent degrés ! Et le lendemain, ŕ la place de “moi”, de ce corps vigoureux bien constitué, plein de vie, on ne retrouverait plus qu’une momie desséchée, glacée, racornie !... Ah ! le misérable ! Eh bien, que mon coeur se sčche, s’il le faut, que ma vie se refroidisse dans cette insoutenable température, mais que mes amis, que le docteur Sarrasin, sa famille, Jeanne, ma petite Jeanne, soient sauvés ! Or, pour cela, il faut que je fuie... Donc, je fuirai ! »

En prononçant ce dernier mot, Marcel, par un mouvement instinctif, bien qu’il dűt se croire renfermé dans sa chambre, avait mis la main sur la serrure de la porte.

A son extręme surprise, la porte s’ouvrit, et il put descendre, comme d’habitude, dans le jardin oů il avait coutume de se promener.

« Ah ! fit-il, je suis prisonnier dans le Bloc central, mais je ne le suis pas dans ma chambre ! C’est déjŕ quelque chose ! » Seulement, ŕ peine Marcel fut-il dehors, qu’il vit bien que, quoique libre en apparence, il ne pourrait plus faire un pas sans ętre escorté des deux personnages qui répondaient aux noms historiques, ou plutôt préhistoriques, d’Arminius et de Sigimer.

Il s’était déjŕ demandé plus d’une fois, en les rencontrant sur son passage, quelle pouvait bien ętre la fonction de ces deux colosses en casaque grise, au cou de taureau, aux biceps herculéens, aux faces rouges embroussaillées de moustaches épaisses et de favoris buissonnants !

Leur fonction, il la connaissait maintenant. C’étaient les exécuteurs des hautes oeuvres de Herr Schultze, et provisoirement ses gardes du corps personnels.

Ces deux géants le tenaient ŕ vue, couchaient ŕ la porte de sa chambre, emboîtaient le pas derričre lui s’il sortait dans le parc. Un formidable armement de revolvers et de poignards, ajouté ŕ leur uniforme, accentuait encore cette surveillance.

Avec cela, muets comme des poissons. Marcel ayant voulu, dans un but diplomatique, lier conversation avec eux, n’avait obtenu en réponse que des regards féroces. Męme l’offre d’un verre de bičre, qu’il avait quelque raison de croire irrésistible, était restée infructueuse. Aprčs quinze heures d’observation, il ne leur connaissait qu’un vice — un seul —, la pipe, qu’ils prenaient la liberté de fumer sur ses talons. Cet unique vice, Marcel pourrait-il l’exploiter au profit de son propre salut ? Il ne le savait pas, il ne pouvait encore l’imaginer, mais il s’était juré ŕ lui-męme de fuir, et rien ne devait ętre négligé de ce qui pouvait amener son évasion. Or, cela pressait. Seulement, comment s’y prendre ?

Au moindre signe de révolte ou de fuite, Marcel était sűr de recevoir deux balles dans la tęte. En admettant qu’il fűt manqué, il se trouvait au centre męme d’une triple ligne fortifiée, bordée d’un triple rang de sentinelles.

Selon son habitude, l’ancien élčve de l’Ecole centrale s’était correctement posé le problčme en mathématicien.

« Soit un homme gardé ŕ vue par des gaillards sans scrupules, individuellement plus forts que lui, et de plus armés jusque aux dents. Il s’agit d’abord, pour cet homme, d’échapper ŕ la vigilance de ses argousins. Ce premier point acquis il lui…