Michel Strogoff: Moscou-Irkutsk

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Michel Strogoff: Moscou-Irkutsk (jazyk: Francouzština)

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Popis

E-kniha Jules Verne: Michel Strogoff: Moscou-Irkutsk

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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CHAPITRE XV

CONCLUSION.

Michel Strogoff n’était pas, n’avait jamais été aveugle. Un phénomčne purement humain, ŕ la fois moral et physique, avait neutralisé l’action de la lame incandescente que l’exécuteur de Féofar avait fait passer devant ses yeux.

On se rappelle qu’au moment du supplice, Marfa Strogoff était lŕ, tendant les mains vers son fils. Michel Strogoff la regardait comme un fils peut regarder sa mčre, quand c’est pour la derničre fois. Remontant ŕ flots de son coeur ŕ ses yeux, des larmes, que sa fierté essayait en vain de retenir, s’étaient amassées sous ses paupičres et, en se volatilisant sur la cornée, lui avaient sauvé la vue. La couche de vapeur formée par ses larmes, s’interposant entra le sabre ardent et ses prunelles, avait suffi ŕ annihiler l’action de la chaleur. C’est un effet identique ŕ celui qui se produit, lorsqu’un ouvrier fondeur, aprčs avoir trempé sa main dans l’eau, lui fait impunément traverser un jet de fonte en fusion.

Michel Strogoff avait immédiatement compris le danger qu’il aurait couru ŕ faire connaître son secret ŕ qui que ce fűt. Il avait senti le parti qu’il pourrait, au contraire, tirer de cette situation pour l’accomplissement de ses projets. C’est parce qu’on le croirait aveugle, qu’on le laisserait libre. Il fallait donc qu’il fűt aveugle, qu’il le fűt pour tous, męme pour Nadia, qu’il le fűt partout en un mot, et que pas un geste, ŕ aucun moment, ne pűt faire douter de la sincérité de son rôle. Sa résolution était prise. Sa vie męme, il devait la risquer pour donner ŕ tous la preuve de sa cécité, et on sait comment il la risqua.

Seule, sa mčre connaissait la vérité, et c’était sur la place męme de Tomsk qu’il la lui avait dite ŕ l’oreille, quand, penché dans l’ombre sur elle, il la couvrait de ses baisers.

On comprend, dčs lors, que lorsqu’Ivan Ogareff avait, par une cruelle ironie, placé la lettre impériale devant ses yeux qu’il croyait éteints, Michel Strogoff avait pu lire, avait lu cette lettre qui dévoilait les odieux desseins du traître. De lŕ, cette énergie qu’il déploya pendant la seconde partie de son voyage. De lŕ, cette indestructible volonté d’atteindre Irkoutsk et d’en arriver ŕ remplir de vive voix sa mission. Il savait que la ville devait ętre livrée! Il savait que la vie du grand-duc était menacée! Le salut du frčre du czar et de la Sibérie était donc encore dans ses mains.

En quelques mots, toute cette histoire fut racontée au grand-duc, et Michel Strogoff dit aussi, et avec quelle émotion! la part que Nadia avait prise ŕ ces événements.

«Quelle est cette jeune fille? demanda le grand-duc.

—La fille de l’exilé Wassili Fédor, répondit Michel Strogoff.

—La fille du commandant Fédor, dit le grand-duc, a cessé d’ętre la fille d’un exilé. Il n’y a plus d’exilés ŕ Irkoutsk!»

Nadia, moins forte dans la joie qu’elle ne l’avait été dans la douleur, tomba aux genoux du grand-duc, qui la releva d’une main, pendant qu’il tendait l’autre ŕ Michel Strogoff.

Une heure aprčs, Nadia était dans les bras de son pčre.

Michel Strogoff, Nadia, Wassili Fédor étaient réunis. Ce fut, de part et d’autre, le plein épanouissement du bonheur.

Les Tartares avaient été repoussés dans leur double attaque contre la ville. Wassili Fédor, avec sa petite troupe, avait écrasé les premiers assaillants qui s’étaient présentés ŕ la porte de Bolchaďa, comptant qu’elle leur serait ouverte, et dont, par un instinctif pressentiment, il s’était obstiné ŕ rester le défenseur.

En męme temps que les Tartares étaient refoulés, les assiégés se rendaient maîtres de l’incendie. Le naphte liquide ayant rapidement brűlé ŕ la surface de l’Angara, les flammes, concentrées sur les maisons de la rive, avaient respecté les autres quartiers de la ville.

Avant le jour, les troupes de Féofar-Khan étaient rentrées dans leurs campements, laissant bon nombre de morts sur le revers des remparts.

Au nombre des morts était la tsigane Sangarre, qui avait essayé vainement de rejoindre Ivan Ogareff.

Pendant deux jours, les assiégeants ne tentčrent aucun nouvel assaut. Ils étaient découragés par la mort d’Ivan Ogareff. Cet homme était l’âme de l’invasion, et lui seul, par ses trames depuis longtemps ourdies, avait eu assez d’influence sur les khans et sur leurs hordes pour les entraîner ŕ la conquęte de la Russie asiatique.

Cependant, les défenseurs d’Irkoutsk se tinrent sur leurs gardes, et l’investissement durait toujours.

Mais le 7 octobre, dčs les premičres lueurs du jour, le canon retentit sur les hauteurs qui environnent Irkoutsk.

C’était l’armée de secours qui arrivait sous les ordres du général Kisselef et signalait ainsi sa présence au grand duc.

Les Tartares n’attendirent pas plus longtemps. Ils ne voulaient pas courir la chance d’une bataille livrée sous les murs de la ville, et le camp de l’Angara fut immédiatement levé.

Irkoutsk était enfin délivrée.

Avec les premiers soldats russes, deux amis de Michel Strogoff étaient entrés, eux aussi, dans la ville. C’étaient les inséparables Blount et Jolivet. En gagnant la rive droite de l’Angara par le barrage de glace…