Kéreban le Tétu

Jules Verne

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Elektronická kniha: Jules Verne – Kéreban le Tétu (jazyk: Francouzština)

Katalogové číslo: verne13 Kategorie:

Popis

E-kniha Jules Verne: Kéreban le Tétu

Anotace

O autorovi

Jules Verne

[8.2.1828-24.3.1905] Jules Verne, francouzský spisovatel a dramatik, jeden z nejpřekládanějších francouzsky píšících autorů vůbec, přichází na svět 8. února roku 1828 v Nantes jako syn advokáta. V mládí Verne studuje práva v Nantes a poté v Paříži, po studiích pak pracuje na burze. Literární ambice má Jules Verne již od mládí, do světa literatury ho jako tajemníka pařížského Théatre lyrique...

Jules Verne: životopis, dílo, citáty

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XI

DANS LEQUEL LE SEIGNEUR KÉRABAN SE RANGE A L’AVIS DU GUIDE, UN PEU CONTRE L’OPINION DE SON NEVEU AHMET.

Voici, en effet, une proposition qui avait été faite par le guide, et dont l’opportunité méritait d’ętre prise en considération.

Quelle distance séparait encore les voyageurs des hauteurs de Scutari? Environ une soixantaine de lieues? Combien de temps restait-il pour la franchir? Quarante-huit heures. C’était peu, si les attelages se refusaient ŕ marcher pendant la nuit.

Eh bien, en abandonnant une route que les sinuosités de la côte allongent sensiblement, en se jetant ŕ travers cet angle extręme de l’Anatolie, compris entre les rives de la mer Noire et les rives de la mer de Marmara, en un mot, en coupant au plus court, on pouvait abréger l’itinéraire d’une bonne douzaine de lieues.

«Voici donc, seigneur Kéraban, le projet que je vous propose, dit le guide de ce ton froid qui le caractérisait, et j’ajouterai que je vous engagevivement ŕ l’accepter.

—Mais les routes du littoral ne sont-elles pas plus sűres que celles de l’intérieur? demanda Kéraban.

—Il n’y a pas plus de dangers ŕ redouter ŕ l’intérieur que sur les côtes, répondit le guide.

—Et vous connaissez bien ces chemins que vous nous offrez de prendre? reprit Kéraban.

—Je les ai parcourus vingt fois, répliqua le guide, lorsque j’exploitais ces foręts de l’Anatolie.

—Il me semble qu’il n’y a pas ŕ hésiter, dit Kéraban, et qu’une douzaine de lieues ŕ économiser sur ce qui nous reste ŕ faire, cela vaut la peine qu’on modifie sa route.»

Ahmet écoutait sans rien dire.

«Qu’en penses-tu, Ahmet?» demanda le seigneur Kéraban en interpellant son neveu.

Ahmet ne répondit pas. Il avait certainement des préventions contre ce guide,—préventions qui, il faut bien l’avouer, s’étaient accrues, non sans raison, ŕ mesure qu’on se rapprochait du but.

En effet, les allures cauteleuses de cet homme, quelques absences inexplicables, pendant lesquelles il devançait la caravane, le soin qu’il prenait de se tenir toujours ŕ l’écart, aux heures de halte, sous prétexte de préparer les campements, des regards singuliers, suspects męme, jetés sur Amasia, une surveillance qui semblait plus spécialement porter sur la jeune fille, tout cela n’était pas pour rassurer Ahmet. Aussi ne perdait-il pas de vue ce guide, accepté ŕ Trébizonde sans que l’on sűt trop ni qui il était, ni d’oů il venait. Mais son oncle Kéraban n’était point homme ŕ partager ses craintes, et il eűt été difficile de lui faire admettre pour réel ce qui n’était encore qu’ŕ l’état de pressentiment.

«Eh bien, Ahmet? redemanda Kéraban, avant de prendre un parti sur la nouvelle proposition du guide, j’attends la réponse! Que penses-tu de cet itinéraire?

—Je pense, mon oncle, que, jusqu’ici, nous nous sommes bien trouvés de suivre les bords de la mer Noire, et qu’il y aurait peut-ętre imprudence ŕ les abandonner.

—Et pourquoi! Ahmet, puisque notre guide connaît parfaitement ces routes de l’intérieur qu’il nous propose de suivre? D’ailleurs, l’économie de temps en vaut la peine!

—Nous pouvons, mon oncle, en surmenant quelque peu nos attelages, regagner aisément....

—Bon, Admet, tu parles ainsi parce que Amasia nous accompagne! s’écria Kéraban. Mais si, maintenant, elle était ŕ nous attendre ŕ Scutari, tu serais le premier ŕ presser notre marche!

—C’est possible, mon oncle!

—Eh bien, moi, qui prends en mains tes intéręts, Ahmet, je pense que plus tôt nous arriverons, mieux cela vaudra! Nous sommes toujours ŕ la merci d’un retard, et, puisque nous pouvons gagner douze lieues en changeant notre itinéraire, il n’y a pas a hésiter!

—Soit, mon oncle, répondit Ahmet. Puisque vous le voulez, je ne discuterai pas ŕ ce sujet....

—Ce n’est pas parce que je le veux, mais parce que les arguments te manquent, mon neveu, et que j’aurais trop beau jeu ŕ te battre.»

Ahmet ne répondit pas. En tout cas, le guide put ętre convaincu que le jeune homme ne voyait pas, sans quelque arričre-pensée, cette modification proposée par lui. Leurs regards se croisčrent un instant ŕ peine; mais cela leur suffit «ŕ se tâter», comme on dit en langage d’escrime. Aussi, ce ne fut plus seulement sur ses gardes, mais «en garde» qu’Ahmet résolut de se tenir. Pour lui, le guide était un ennemi, n’attendant que l’occasion de l’attaquer traîtreusement.

Du reste, la détermination d’abréger le voyage ne pouvait que plaire ŕ des voyageurs qui n’avaient gučre chômé depuis Trébizonde. Van Mitten et Bruno avaient hâte d’ętre ŕ Scutari pour liquider une situation pénible, le seigneur Yanar et la noble Saraboul pour revenir au Kurdistan avec leur beau-frčre et fiancé sur les paquebots du littoral, Amasia pour ętre enfin, unie ŕ Ahmet, et Nedjeb pour assister aux fętes de ce mariage!

La proposition fut donc bien accueillie. On résolut de se reposer pendant cette nuit du 27 au 28 septembre, afin de fournir une bonne et longue étape pendant la journée suivante.

Toutefois il y eut quelques précautions ŕ prendre, qui furent indiquées par le guide. Il importait, en effet, de se munir de provisions pour vingt-quatre heures, car la région ŕ traverser manquait de bourgades et de villages. On ne trouverait ni khans, ni doukhans, ni auberges sur la route. Donc, nécessité de s’approvisionner de maničre ŕ suffire ŕ tous les besoins.

On put heureusement se procurer ce qui était nécessaire, au cap Kerpe, en le payant d’un bon prix, et męme faire acquisition d’un âne pour porter ce surcroît de charge.

Il faut le dire, le seigneur Kéraban avait un faible pour les ânes,—sympathie de tętu ŕ tętu, sans doute,—et celui qu’il acheta au cap Kerpe lui plut tout particuličrement.

C’était un animal de petite taille, mais vigoureux, pouvant porter la charge d’un cheval, soit environ quatre-vingt-dix «oks», ou plus de cent kilogrammes,—un de ces ânes comme on en rencontre par milliers dans ces régions de l’Anatolie, oů ils transportent des céréales jusqu’aux divers ports de la côte.

Ce frétillant et alerte baudet avait les narines fend…