Résignation
Tout enfant, j'allais ręvant Ko-Hinnor,
Somptuosité persane et papale,
Héliogabale et Sardanapale !
Mon désir créait sous des toits en or,
Parmi les parfums, au son des musiques,
Des harems sans fin, paradis physiques !
Aujourd'hui, plus calme et non moins ardent,
Mais sachant la vie et qu'il faut qu'on plie,
J'ai dű refréner ma belle folie,
Sans me résigner par trop cependant.
Soit ! le grandiose échappe ŕ ma dent,
Mais, fi de l'aimable et fi de la lie!
Et je hais toujours la femme jolie,
La rime assonante et l'ami prudent.
— 1 —
Nevermore
Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne
Faisait voler la grive ŕ travers l'air atone,
Et le soleil dardait un rayon monotone
Sur le bois jaunissant oů la bise détonne.
Nous étions seul ŕ seule et marchions en ręvant,
Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Soudain, tournant vers moi son regard émouvant
«Quel fut ton plus beau jour? » fit sa voix d'or vivant,
Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
Un sourire discret lui donna la réplique,
Et je baisai sa main blanche, dévotement.
Ah! les premičres fleurs, qu'elles sont parfumées!
Et qu'il bruit avec un murmure charmant
Le premier oui qui sort de lčvres bien-aimées!
— 2 —
Bělostný měsíc
Bělostný měsíc
svůj bledý jas
rozlévá v lesích,
je slyšet hlas,
jak listím padá...
Ó měj mě ráda!
Nad tůní vrby
ladí svůj stín
v zrcadle hlubin,
hlas bolestín
v nich větrem kvílí...
Sněme v tu chvíli!
Nesmírné, něžné
utišení
s oblohy hvězdné
jako mžení
měsíčné, bílé...
Jak vzácná chvíle!
— 3 —
Croquis parisien
La lune plaquait ses teintes de zinc
Par angles obtus.
Des bouts de fumée en forme de cinq
Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.
Le ciel était gris. La bise pleurait
Ainsi qu'un basson.
Au loin, un matou frileux et discret
Miaulait d'étrange et gręle façon.
Moi, j'allais, ręvant du divin Platon
Et de Phidias,
Et de Salamine et de Marathon,
Sous l'oeil clignotant des bleus becs de gaz.
— 4 —
Marine
L'Océan sonore
Palpite sous l'śil
De la lune en deuil
Et palpite encore,
Tandis qu'un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D'un long zigzag clair,
Et que chaque lame
En bonds convulsifs
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,
Et qu'au firmament,
Oů l'ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.
— 5 —
Effet de nuit
La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flčches et de tours ŕ jour la silhouette
D'une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l'air noir des gigues nonpareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d'épine épars, et quelques houx
Dressant l'horreur de leur feuillage ŕ droite, ŕ gauche,
Sur le fuligineux fouillis d'un fond d'ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisanier
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de her
Luisent ŕ contre-sens des lances de l'averse.
— 6 —
Chanson d’automne
Des violons
De l'automne
Blessent mon cśur
D'une langueur monotone.
Tout suffocant
Et blęme, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure;
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçŕ, delŕ,
Pareil ŕ la
Feuille morte.
— 7 —